Ce que mesure le PER
Le PER — price-to-earnings ratio — est le cours divisé par le bénéfice par action. On peut le lire de deux façons équivalentes : combien d'années de bénéfice actuel il faut pour rembourser le prix payé, ou combien de dirhams on paie pour un dirham de bénéfice annuel.
Il rend comparables des sociétés de tailles différentes, ce que le cours seul ne permet pas. Un titre à 2 000 dirhams dont le bénéfice par action est de 200 se paie dix fois ses bénéfices ; un titre à 40 dirhams qui gagne 1 dirham par action se paie quarante fois. Le second est nettement plus cher, alors que son cours est cinquante fois plus bas.
Un PER élevé ne signifie pas qu'une action est surévaluée. Il signifie que le marché paie cher le bénéfice actuel — généralement parce qu'il en attend une forte croissance, parfois parce que le bénéfice de l'année a été exceptionnellement faible. Un PER bas peut tout autant signaler une valeur délaissée qu'une société dont le marché anticipe que les bénéfices vont se contracter.
La période est la moitié de l'information
Un PER sans période n'est pas un chiffre. Un cours d'aujourd'hui divisé par un bénéfice d'il y a deux ans ne mesure rien, et c'est un piège réel sur une cote qui ne publie pas au même rythme : en octobre, certains émetteurs ont publié un semestre de l'année en cours, d'autres n'ont pas encore arrêté l'exercice précédent.
C'est pourquoi la carte de valorisation de ce site affiche une pastille nommant les douze mois sur lesquels chaque ratio a été mesuré. C'est la même logique qu'une note d'analyste qui porte sa date : la période fait partie de l'affirmation, ce n'est pas une légende.
Quand c'est possible, la base utilisée est l'année glissante, reconstituée à partir des publications : le semestre de l'année en cours, plus l'exercice précédent complet, moins le semestre correspondant de l'année précédente. La seconde moitié d'un exercice est ce que l'année complète laisse après son premier semestre, et cette reconstitution donne donc les douze mois qui s'achèvent à la date du dernier semestre publié. Si les trois éléments ne sont pas disponibles, c'est le dernier exercice complet qui sert de base — jamais un semestre doublé.
Quand le PER n'existe pas
Une société qui perd de l'argent n'a pas de PER. On pourrait écrire un nombre négatif, mais il présenterait une entreprise en perte comme une entreprise bon marché, ce qui est l'inverse de la réalité. Sur ce site, le bénéfice par action est alors affiché — c'est le fait mesuré, et c'est lui qui explique l'absence du ratio à côté — mais le PER, lui, n'est pas rendu.
Il n'y a pas non plus de PER quand l'émetteur n'a rien publié que l'on puisse utiliser comme base. Dans ce cas, aucune case n'est affichée plutôt qu'un tiret : un tiret affirmerait que la mesure vaut zéro, alors qu'elle n'a simplement pas été faite. La note en bas de carte est l'endroit où la différence est dite en toutes lettres.
C'est une règle qui vaut pour tous les ratios du site, et elle vaut la peine d'être retenue en tant que lecteur : une absence de chiffre y est une information, pas un oubli.
Les autres multiples
La capitalisation boursière est le cours multiplié par le nombre d'actions : ce que coûterait l'achat de la totalité du capital au prix du marché. C'est la mesure de taille d'une société cotée, et c'est le point de départ de tous les autres multiples.
La valeur d'entreprise ajoute la dette nette à la capitalisation. L'idée est qu'acheter une société, c'est aussi reprendre ses dettes : deux sociétés de même capitalisation ne coûtent pas la même chose si l'une est endettée et l'autre non. La valeur d'entreprise rapportée au résultat d'exploitation donne un multiple qui, contrairement au PER, ne dépend ni du financement ni de l'impôt — ce qui le rend plus comparable d'un émetteur à l'autre.
Attention à une subtilité : la dette nette est un solde à une date, pas un flux sur une période. Elle ne s'additionne donc pas sur plusieurs publications comme le fait un chiffre d'affaires, et c'est le solde le plus récent qui est retenu. Beaucoup d'émetteurs — l'ensemble du secteur bancaire en particulier — ne publient pas cette ligne sous une forme utilisable, et la valeur d'entreprise est alors absente, avec le multiple qui en découle.
Comment s'en servir sans se tromper
Un multiple n'a de sens que comparé. Comparé au même multiple pour les autres sociétés du secteur, comparé à l'historique de la société elle-même. Un PER isolé ne dit rien, parce que le niveau normal diffère profondément d'un métier à l'autre : les activités à forte croissance et faible intensité capitalistique se paient structurellement plus cher que les activités cycliques.
Il faut aussi vérifier que le bénéfice de la base est représentatif. Une cession d'actif gonfle le résultat net d'une année et écrase mécaniquement le PER, donnant l'apparence d'une valeur bon marché sur un bénéfice qui ne se reproduira pas. Le résultat d'exploitation, moins sensible à ces éléments, est un bon contrôle.
Enfin, aucun de ces ratios n'est une prévision. Ils rapportent un prix d'aujourd'hui à des comptes d'hier. Ce qu'ils mesurent, c'est l'écart entre ce que paie le marché et ce que l'entreprise a effectivement gagné — l'interprétation de cet écart reste entière.